Aller au contenu

Guillemot de Brünnich (Uria lomvia)

Publié le 27 août 2022

Dernière mise à jour il y a 1 mois

Linnaeus, 1758

Le Guillemot de Brünnich est l’un des oiseaux plongeant le plus en profondeur, pouvant dépasser les 150m.

Ordre : Charadriiformes
Sous-ordre : Lari
Infra-ordre :
Super famille : Alcoidea
Famille : Alcidae
Sous-famille :
Tribu :
Genre : Uria
Espèce : Uria lomvia

Nom anglais

Thick-billed Murre

Autres noms

Marmette de Brünnich

Difficulté de détermination

Statut de conservation

Espèce protégée

Il est classé en Préoccupation mineure à l’échelle européenne et mondiale.
La population mondiale est estimée à 15 à 20 millions d’individus ; c’est l’une des espèces d’oiseaux marins la plus nombreuse de l’hémisphère nord.
La population européenne est estimée à 2 à 3 millions d’individus.

Menaces

Bien qu’il ne soit pas considéré comme menacé au vu de ses effectifs, de nombreuses menaces pèsent sur le Guillemot de Brünnich.
• Au Groënland, en Alaska et au Canada, l’espèce est chassée et les œufs récoltés. Au Groënland, certaines colonies ont ainsi été totalement décimées. Dans la Province de Terre-Neuve-et-Labrador, en hiver, ce sont plusieurs centaines de milliers d’individus qui sont tués chaque année, dont la moitié âgés seulement de 4 à 8 mois. Ce nombre est en baisse depuis 1993 grâce à des règlements de chasse plus stricts, établis afin de prendre en compte la modernisation de l’équipement de chasse (fusils semi-automatiques et puissants hors-bord), rendant alors les oiseaux de plus en plus vulnérables face aux chasseurs. Avant ces règles, au début des années 80, plus de 500 000 oiseaux qui étaient tués chaque année.
• Lors de la nidification, hélicoptères (et drones) sont des sources de dérangement, forçant les adultes à quitter provisoirement le nid, laissant le champ libre aux prédateurs tels les mouettes ou les corvidés qui en profitent pour se servir dans les nids. En s’envolant précipitamment, il peut parfois arriver que l’œuf tombe de la falaise, malgré sa forme adaptée.
• Cet oiseau passant la plus grande partie de sa vie en mer, il est très sensible à la pollution par les hydrocarbures qui flottent à la surface de l’eau (marées noires, dégazages, déballastages, pollution chronique). Pour donner un ordre d’idée, certaines années, jusqu’à 200 000 oiseaux peuvent mourir à cause de ce type de pollution dans les eaux du Canada atlantique.
• L’ingestion de microplastiques ou de morceaux de plastiques plus gros est très dangereuse et de plus en plus fréquente.
• La capture accidentelle dans les filets de pêches est une autre cause de mortalité.
• Le réchauffement climatique affecte sa survie hivernale à cause des tempêtes plus fréquentes. Autre conséquence, la raréfaction des Morues polaires (Boreogadus saida), une espèce de poisson dépendante de la banquise et ayant une place importante dans son régime alimentaire. La fonte précoce des glaces limite la production d’algues de glace, ayant d’importantes qualités nutritives, et dont les amphipodes (dont le guillemot se nourrit également) se nourrissent. S’ajoute à cela la surpêche, qui diminue les stocks de poissons. Le Guillemot de Brünnich s’adapte pour le moment en variant son régime alimentaire, se tournant vers d’autres espèces de poissons et de crustacés, mais certaines ont une qualité nutritive moindre, les obligeant à augmenter la quantité de proies ingérées.

Identification

Le Guillemot de Brünnich (Uria lomvia) est un oiseau assez trapu, brun sombre dessus. Le dessous est blanc, les flancs ayant une démarcation nette avec le dessus brun, sans rayures intermédiaires. Le bec, de couleur noire, est court et assez fort, à gonys anguleux et culmen arqué. Il possède un net trait blanc ou grisâtre au bord supérieur de la commissure du bec. L’intérieur de la bouche est jaune orangé. L’œil est brun foncé. Les pattes sont palmées et de couleur noirâtre. Les ailes sont courtes et étroites, l’extrémité des rémiges secondaires est blanche, formant une étroite barre alaire ailes fermées.
• Les sexes sont semblables, le mâle est un peu plus grand que la femelle en moyenne.
• En plumage nuptial, le blanc de la poitrine forme une pointe aigue en remontant vers la gorge.
• En hiver, le menton et la gorge sont blancs, le dessus de la tête (jusque sous les yeux) et le cou restent sombres sans interruption.
• Les individus de 1er hiver ressemblent à l’adulte internuptial, mais le bec est plus petit et plus court, à ligne blanche souvent moins marquée, les parties blanches de la tête sont plus ou moins envahies de grisâtre.
• Les individus de 1er été ressemblent à l’adulte nuptial mais peuvent avoir plus ou moins de blanc à la gorge et les rémiges juvéniles sont très décolorées, brunâtres.
• Les poussins sont recouverts d’un duvet brun noirâtre dessus, blanc dessous, avec des stries grisâtres pâles sur la tête.
• En vol, le corps est relativement court et le cou rentré, les pieds dépassent de la queue, le blanc des flancs est assez étendu vers le haut, ne laissant apparaitre qu’une bande noire relativement étroite sur le croupion, les aisselles sont en grande partie blanches, la moitié basale du bord de fuite des ailes est blanche.

Une mue complète a lieu après la saison de reproduction. Durant cette période d’un mois environ, les adultes ne peuvent voler et les poussins acquièrent leur plumage de 1er hiver. Une mue partielle a ensuite lieu juste avant la période de nidification.

Il existe 4 sous-espèces :
U. l. lomvia (Linnaeus, 1758)
U. l. eleonorae (Portenko, 1937)
U. l. heckeri (Portenko, 1944)
U. l. arra (Pallas, 1811)
Les sous-espèces sont semblables et diffèrent par la longueur des ailes et des tarses. Celles de l’est ont généralement un bec plus grand. La sous-espèce U. l. arra est plus sombre et plus grande que les autres.

Étymologie

• Le nom du genre « Uria » vient du grec ancien « ouria » , un oiseau aquatique mentionné par Athénée.
• Le nom d’espèce « lomvia » est un mot suédois pour désigner un alcidé ou un plongeur
• Le nom français « Guillemot » est probablement un dérivé du prénom Guillaume, tandis que le nom d’espèce « de Brünnich » est un hommage au zoologue danois Morten Thrane Brünnich (1737 – 1827).
• Le nom anglais « Murre » pourrait faire référence au cri de l’oiseau, tandis que « thick-billed » signifie bec épais, l’espèce ayant un bec plus fort que son cousin le Guillemot de Troïl.

Taille

39 à 45cm de long (+4cm de pattes), 64 à 75cm d’envergure.

Poids

750 à 1500 g.

Longévité

Jusqu’à 23 ans, mais la mortalité des jeunes de moins d’un an est très élevée.

Habitat

En période de nidification, l’espèce affectionne les corniches étroites des falaises maritimes et des iles rocheuses. Hors saison de reproduction, on le rencontre au large, formant de grandes troupes. Parfois, en hiver, on peut les observer le long des côtes et dans les baies lorsque les ressources alimentaires y sont abondantes. Il vit à l’année dans des eaux avoisinant les 8°C.

Répartition géographique

En France, le Guillemot de Brünnich ne s’égare que très rarement en hiver en mer ou sur les côtes (seulement 4 données entre 1978 et 2014).

Migration

La migration des jeunes guillemots est un phénomène unique chez les oiseaux. En effet, rejoignant la mer très tôt (à l’âge de 3 semaines), bien avant de savoir voler, ils doivent alors entamer une partie de leur migration à la nage sur de grandes distances, à savoir environ 1000 km pour ceux hivernant au large de Terre-Neuve.
Certains individus qui hivernent au large de la côte est du Canada viennent d’aussi loin que le Groenland, la Russie et la Norvège. Ils peuvent parcourir jusqu’à 6000 kilomètres lors de leur migration annuelle.
Les femelles migrent en premier, suivies des mâles et des jeunes quelques jours plus tard.
Le retour sur les sites de nidification commence à partir du mois de mars, mais le plus gros arrive à partir de mi-avril

Comportement

Il nage mieux qu’il ne vole, se servant de ses ailes comme de nageoires sous l’eau. Il peut plonger jusqu’à 180m de profondeur (on le sait car c’est la profondeur à laquelle un individu a été retrouvé noyé dans des filets de pêche), mais plus souvent entre 10 et 40m et rester en apnée jusqu’à 4 minutes. Il se nourrit en groupes de 20 à 200 individus.

Vol

Lors du décollage, il a besoin de s’élancer en courant sur l’eau ou en prenant de l’élan à cause de ses ailes courtes et étroites, plus adaptées à la nage, et de son poids. Les battements d’ailes doivent par conséquent être très rapides. Une fois en vol, il peut aller jusqu’à 75km/h. Sa queue étant très courte, ce sont ses pattes qui lui servent de gouvernail. Il s’y reprend souvent plusieurs fois avant d’atterrir sur les corniches étroites.

Voix

Grognements répétés assez rudes, ressemblant à des croassements.

Parade nuptiale

Les couples, monogames, se forment au tout début de la saison, parfois avant d’arriver à la colonie. Les partenaires font des courbettes et se grignotent mutuellement le bec. Ils peuvent également s’offrir des cailloux. L’accouplement a lieu sur le site de reproduction. Le nid est défendu par les deux partenaires à l’aide de parades de menaces ; les couples étant très proches les uns des autres, les disputes sont fréquentes mais de courte durée, les signaux d’apaisements suffisent généralement à calmer les tensions.

Nidification

C’est un oiseau grégaire qui niche en colonies denses, jusqu’à plusieurs centaines de milliers de couples. Il s’installe sur les falaises rocheuses maritimes, parfois jusqu’à 300m de haut. Il choisit de préférence des corniches plus étroites que le Guillemot de Troïl pour s’installer, mais il est fréquent que les deux espèces nichent sur les mêmes falaises. On peut aussi le rencontrer en compagnie de Mouettes tridactyles.
Les « nids » (il ne construit pas de nid mais pond à même la roche) ne sont parfois espacés que de 50cm les uns des autres.

Oeuf

La femelle pond un œuf unique fin juin/début juillet. Ce dernier peut être de couleur verdâtre, bleuâtre ou rosâtre, et est plus ou moins tacheté de noir. Il est en forme de poire afin d’éviter qu’il ne roule et tombe de la falaise. Les deux parents se partagent la couvaison pendant environ 1 mois, se relayant toutes les 12 à 24h.

Jeunes

Les poussins naissent le corps recouvert de duvet. Les deux parents s’en occupent pendant 3 semaines, parcourant parfois de grandes distances pour aller pêcher (il n’est pas rare qu’ils s’éloignent de plusieurs dizaines de kilomètres). Au bout de 3 semaines, les jeunes quittent le nid. Ils doivent alors sauter dans le vide pour rejoindre rapidement la mer, escorté par le père. C’est un moment très délicat, car certains succombent à leur chute, tandis que d’autres sont mangés par les prédateurs tels les goélands. Début septembre, tous les jeunes ont quitté le nid. Une fois en mer, la migration peut commencer en compagnie du père, mais à la nage, car le jeune ne pourra voler qu’à l’âge de 6 semaines (et les adultes sont incapables de voler pendant la mue). Ils peuvent ainsi parcourir plus de 1000km. Le petit dépendra de son père pendant 4 à 12 semaines supplémentaires.

Nombre de nichées

Un couple n’élève qu’un petit par an. Si l’œuf est perdu en début de saison, la femelle en pondra un autre au bout d’environ 15 jours. Si la seconde tentative échoue, elle peut éventuellement en tenter une troisième, mais il ne faut pas qu’elle ponde trop tard pour que le petit ait le temps de bien grandir avant la migration.

Maturité sexuelle

Elle est atteinte à 3 ans, mais ils ne commencent à se reproduire avec succès seulement vers l’âge de 5 ans.

Réseau trophique

C’est un consommateur secondaire dans la chaine alimentaire, se nourrissant de poissons, crustacés et mollusques. Il peut lui même servir de repas à de grands rapaces comme les pygargues, aux phoques et aux orques. Les poussins peuvent être victimes des goélands, des corvidés, des renards et des ours lors de leur déplacement entre le nid et la mer (voire directement au nid). Les œufs peuvent également être mangés par ces mêmes prédateurs (mais plutôt par les oiseaux car les nids sont en principe très difficiles à atteindre depuis la terre ferme).
Les fientes (appelées guano chez les oiseaux marins), riches en phosphore et en azote, sont une source de nutriments indispensable aux plantes qui se développent sur et au pied des falaises où nichent les oiseaux. Ce type de végétation, ayant besoin de sel et d’azote, se dit « halonitrophile ». Le guano enrichit également le milieu marin qui se trouve à proximité.

Régime

Il se nourrit surtout de poissons, en particulier de morue polaire, mais complète son régime avec des crustacés (krill, crevettes, amphipodes) des vers marins et des mollusques (calmars).

Espèces semblables

Pour l’Europe :

• L’espèce la plus semblable est le Guillemot de Troïl (Uria aalge). La confusion se fait surtout avec la forme « classique » de cette espèce, la forme « bridée » possédant des lunettes blanches entourant chaque œil (caractère qui n’apparait chez aucun Guillemot de Brünnich). Mais il faut voir l’oiseau d’assez près pour distinguer ce cercle blanc.
Le corps du Guillemot de Troïl est de manière générale moins trapu. Son bec est plus long et plus effilé : la distance entre la pointe du bec et l’étendue de plumes de la mandibule supérieure est plus longue. La mandibule inférieure est plus droite, la supérieure moins inclinée vers le bas à l’extrémité. Il ne possède généralement pas de trait blanc à la mandibule supérieure, mais certains individus en possèdent une trace. Les flancs sont striés de sombre. Les aisselles sont sombres. Les parties brunes du plumage sont souvent d’un brun un peu plus clair.
En vol, le corps est un peu plus allongé, le cou plus sorti, lui donnant un aspect moins trapu. Le blanc des flancs remonte moins sur le dessus au niveau du croupion.
En plumage nuptial, le blanc de la poitrine forme une pointe arrondie en remontant vers la gorge.
En hiver, le noir de la tête ne descend pas aussi bas sous et en arrière de l’œil : les parotiques sont blanches et soulignées inférieurement par un trait sombre. Ce critère est valable pour les adultes comme pour les individus de 1er hiver.

C

• Le Pingouin torda (Alca torda) possède en plumage nuptial et d’hiver un bec très fort, d’aspect tronqué. Les individus de 1er hiver ont un bec plus mince que celui des adultes et peuvent plus facilement être confondus avec le Guillemot de Brünnich de 1er hiver, mais ils possèdent du blanc en arrière de l’œil, œil souligné en arrière par une vague ligne sombre (un peu comme chez le Guillemot de Troïl).
En vol, de loin, les deux oiseaux peuvent être confondus (le pingouin ne possède lui non plus pas de stries sombres sur les flancs comme chez le Guillemot de Troïl, ses aisselles sont blanches et le blanc des flancs remonte assez haut sur le croupion). Chez le pingouin, les pattes ne dépassent pas de la queue (qui est plus longue), et chez les adultes en tous plumages l’aspect fort et tronqué du bec se voit en principe assez bien de loin.

• Le Guillemot à miroir (Cepphus grylle) en plumage nuptial est inconfondable. Il est bien plus petit et de couleur bien noire, dessus comme dessous, avec seulement une grande tache blanche ovale sur l’aile (le dessous des ailes est blanc également). Ses pattes sont rouges.
En hiver, le dessous du corps devient tout blanc. Le dessus est un peu pus sombre que le dessous mais il reste beaucoup plus pâle que chez le Guillemot de Brünnich (nettement blanchâtre et seulement moucheté de sombre) et la tache ovale blanche persiste. Cette dernière est en revanche piquetée de sombre chez les individus de 1er hiver.
Les juvéniles sont un peu plus sombres mais les parties inférieures du corps sont très nettement mouchetées et striées de sombre, il n’y a donc pas de net contraste sombre dessus/blanc dessous comme chez le Guillemot de Brünnich en tous plumages.

Sources

• Le guide ornitho, Delachaux et Niestlé
• Le guide expert de l’ornitho, Delachaux et Niestlé
• All the birds of the world, Lynx editions
• European Breeding Bird Atlas 2, Lynx editions
Fabrice STOGER – Photos
De Faune en Flore
Oiseaux-Birds
Accueil – Canada.ca
Oiseaux.net
Wikipédia
Le Guillemot marmette et le Guillemot de Brünnich
Futura Planète
eBird
GEOCA – Groupe d’Etudes Ornithologiques des Côtes-d’Armor
Oceanwide expeditions
Le guillemot de Brünnich, cet oiseau de mer à l’avenir incertain dans l’Arctique canadien – Regard sur l’Arctique
Accueil – Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs
hmn.wiki
Norsk Polarinstitutt
Combien de temps vivent les oiseaux
La mue chez les oiseaux : Généralités – Le Bruant Wallon
IUCN Red List of Threatened Species
Faune et flore du pays – Le Guillemot marmette et le Guillemot de Brünnich
Comment la population de Guillemots de Brünnich du nord-ouest de l’Islande parvient-elle à rester stable ? | Ornithomedia.com
Background Document for Thick-billed murre (Uria lomvia), OSPAR commision
Les fientes des oiseaux marins se révèlent extrêmement bénéfiques pour la planète
Les fientes de mouettes, bonnes pour la santé ?

2022

Laisser un commentaire